samedi 26 décembre 2009

LA PIERRE


"Les alchimistes aiment à représenter leur pierre avec des ailes. Nous avons parlé tout à l'heure de la pierre solide, parce que nous sommes dans des subtilités spirituelles et intellectuelles et qu'on nous ramène à la solidité, mais, quand quelqu'un a réalisé cette assise et cette solidité, qu'il a fixé le volatil selon l'expression alchimique, on lui montre qu'il faut volatiliser le fixe et la pierre devient esprit. La solidité la plus grande est celle de l'esprit. Le centre de l'individu, cette solidité, est absolument impalpable, insaisissable à tous les instruments. L'immobilité de la pierre est en même temps la mobilité de l'esprit, c'est à dire du vent"

Etienne PERROT
extrait cahier 22, 1983

samedi 5 décembre 2009

RETOUR


"Mais il ne suffit pas de se lancer dans l'aventure et de pénétrer dans l'autre monde , encore faut-il en revenir . Kubla Khan, Prometheus unbound, me laissent personnellement dans un état de malaise, parce qu'ils nous placent dans un "autre monde"sans lien avec celui-ci. Les difficultés du retour ressortent bien du conte de Grimm" Le fidèle Jean" par exemple"
http://www.grimmstories.com/fr/grimm_contes/le_fidele_jean

Etienne PERROT
extrait cahier 19, 1982

mercredi 11 novembre 2009

ACTIVITE


"J'ai découvert le monde intérieur des images par la technique du rêve éveillé, qui m'a rendu de grands services sur le moment, m'a sorti d'une situation bloquée, plus que bloquée, mais m'a tout de même conduit dans une impasse, parce que le thérapeute m'avait appris à y mettre une volonté, une activité.
Notre activité est non agissante; c'est le laisser advenir, l'abandon à la réalité intérieure pour qu'elle se manifeste dans sa plénitude à travers notre vide"

Etienne PERROT
extrait cahier 15, 1981

mercredi 2 septembre 2009

LA VIE


"LA VIE en effet est un élan, énergie épousée totalement; elle exige l'adhésion de l'homme; elle est amour réclamant l'amour. Qui a consenti à cet amour meurt à ses limites et débouche sur l'expérience de la totalité."

Etienne PERROT
extrait cahier16, 1981

mercredi 15 juillet 2009

Aspiration spirituelle


"Dans la débâcle spirituelle générale, dans les menaces qui pèsent qui pèsent sur nous de tous les côtés, les individus sont ramenés vers eux-même. Et si nous sommes ramenés vers nous-même, c'est parce que nous voyons bien qu'il n'y a pas de salut ailleurs. Les belles promesses matérielles qu'on nous a faites, nous en avons constaté les limites, car l'homme ne vit pas seulement de pain.

Quant à ceux qui nous parlent de réalités spirituelles, nous voyons malheureusement que très souvent ils s'efforcent d'y croire, mais que le cœur n'y est pas, et c'est pourquoi leur paroles n'ont guère de résonance en nous. Et pendant ce temps, cette aspiration spirituelle qui est dans chaque individu se poursuit, elle trouve son langage, et son langage est celui du symbole, celui d'expériences variées, d'expériences survenant souvent la nuit, qui traduisent comme des poussées, comme des appels de la vie pour réaliser dans les individus ce que les autorités collectives ne peuvent plus nous fournir. Cela vous paraît peut-être un peu abstrait. Je vais m'expliquer d'une façon plus claire.

Jung, et nous après lui, nous avons constaté que si nous nous mettons à faire attention à ce qui se passe en nous, et essentiellement la nuit dans les rêves, nous voyons monter à la surface des images, baroques, extravagantes, mais qui contiennent un sens et qui, si elles sont interprétées, fournissent un déroulement, un déploiement, qui traduit une croissance. Cela commence, comme disaient les alchimistes, par le germe, et le germe se développe et produit des fleurs et des fruits."

Etienne PERROT
cahier 16, 1981

mardi 7 juillet 2009

Fond et surface


"Le livre qui , avant l'œuvre de Jung, a été pour moi déterminant a été la Philosophie éternelle d' Aldous Huxley.
Ce livre a paru en France au moment où j'achevais ma première psychothérapie qui m'avait fait toucher du doigt le caractère non confessionnel, non formel de l'expérience qui m'avait été offerte. Il montre l'équivalence des formulations entre les différents enseignements spirituels. Cela ne veut pas dire qu'on doit s'adonner au syncrétisme, que l'on peut faire un jour du soufisme, un autre du bouddhisme et un autre de l'hindouisme. Cela aussi est aux antipodes de notre démarche. Nous nous fixons, nous nous enracinons, nous nous plaçons quelque part, dans notre nature propre pour l'explorer.
Si quelqu'un vient nous voir, nous lui disons: "Est-ce que vous êtes décidé à faire le chemin ici ? Nous ne disons pas que nous faisons mieux que les autres, mais s nous vous parlons ainsi, c'est parce que tout peut passer pour le moment par ici, quitte à ce que plus tard, lorsque cela vous aura été montré de l'intérieur, vous alliez voir ailleurs. Mais si vous venez ici, c'est ici que doivent se faire les choses."
C'est que toute voie spirituelle est, d'une certaine manière, complète. Quand j'ai commencé mon "analyse Junguienne", je me suis posé des questions sur la qualité et l'ampleur de ce que je recevais.
Et voilà que mon interlocuteur m'est apparu en rêve pour me dire - avec autorité- des paroles qu'il n'aurait sans doute jamais prononcées dans la réalité diurne : "Ma voie est autochtone, originale et complète".

Q.- Les rapprochements entre les enseignements sont tout de même enrichissants !

E.P.- Oui Madame, mais cela vient après . Sur le moment l'important n'est pas là : l'important c'est de réaliser, si je puis dire, l'élargissement par le fond. L'important, c'est de parvenir au centre, et quand on est au centre, on s'aperçoit qu'il gouverne les trois cent soixante degrès de la circonférence. Notre universalisme ne se fait pas par la surface."

Etienne PERROT
extrait cahier 14, 1981

mercredi 24 juin 2009

De l'aventure ...



"Nous sommes donc acculés à l'aventure. Celle-ci n'est pas aisée. Disons un mot de ses périls avant d'aller plus loin. L'attention apportée au monde intérieur nous place en dehors de la collectivité sociale. Elle nous met en présence d'images, d'expériences, de forces inconnues qui peuvent avoir sur nous deux sortes d'effets contradictoires.

Le premier est de nous exalter. Nous sommes des élus , des voyants. Pensez par exemple à l'impression qu'a pu éprouver la personne dont je vous ai rapporté le grand rêve d'Apocalypse, si elle n'est pas suffisamment humble et si elle ne se rend pas compte des dangers qu'il y a à se sentir hors du commun. elle a pu s'identifier eu voyant de Patmos. Et c'est vrai : nous sommes tous des voyants et nous devons nous dire que cette voyance est quelque chose d'ordinaire, de normal, et que seule la cécité que nous inflige une civilisation bornée, tout entière orientée vers ce qu'il y a de plus obscur, de plus opaque, la matière, nous prive de cette faculté de vision.

L'aute danger est inverse, et les deux coexistent souvent. On ne joue pas indéfiniment à l'élu et à l'être extraordinaire. Au moment où l'on s'aperçoit que ce sentiment d'élection et d'autorité n'est pas accueilli comme nous le souhaiterions, les énergies ainsi mises en mouvement se retournent violemment vers nous. On tombe alors dans la depression et l'on se dit : "Après tout, et si tout cela était de la folie? " et c'est effectivement de la folie, car c'est le monde dont la société, garante et juge de la normalité, ne veut pas. C'est pourquoi il est très important que se constituent ces réseaux dont je parlais tout à l'heure.

Je sais d'expériences, pour avoir marché pratiquement seul pendant trente ans, les dangers terribles qui menacent l' isolé. Et je sais aussi, depuis que la chance- la grâce- m'a été donnée d'en rencontrer d'autres sur le même plan, le phénomène de résonnance, d'intensification extraordinaire que représente la communication-lâchons le mot-: la communication- au niveau de ce monde et cela va sans dire, la sécurité que procure, dans l'aventure solitaire, la présence auprès de soi de témoins, d'êtres aimants qui vous rectifient ou qui viennent vous rappeler l'existence de la lumière au moment où vous êtes dans une phase d'obscurité."

Etienne PERROt
extrait cahier 13 , 1981

vendredi 12 juin 2009

Un, Tout.


Q. C'est un peu inquiétant, parce que nous , les individus, qu'est ce qu'on est dans tout cela ? Une facette de l'âme collective ?

E.P. Mais, Monsieur, si la totalité de l'âme collective peut s' actualiser en vous, c'est magnifique, non ? Voyez tout le problème c'est d'intégrer la collectivité dans l'individu.

Q. Ce n'est pas clair.

E.P. Ce n'est pas clair ? C'est vrai. ça ne peut pas s'expliquer facilement. Notre entreprise est ambitieuse. Elle n'est pas nôtre, on ne décide pas ça avec sa tête, ni même avec ses tripes. On est poussé dedans. Il y a des milliers et peut-être des millions d'êtres qui sont entraînés là-dedans. Pour l'Orient, ça va de soi; pour l'inde traditionnelle( je ne sais pas ce qui se passe maintenant) l'individu est divin. Je crois savoir que les hindous se saluent parfois en se donnant le nom d'Atam, c'est le dieu intérieur. Les Grecs, les anciens Grecs se donnaient le nom de Theios aner:" Homme divin".
C'était peut-être une épithète flatteuse, comme on dit "Mon cher maître", mais ça peut correspondre aussi à une réalité intérieure.
Nous sommes, et je m'excuse de me répéter, nous sommes dans ce courant universel qui tend à instaurer ou à restaurer dans l'individu l'étincelle divine qui est paraît-il , d'après les maîtres, son secret.
Nous , nous n'allons pas chercher dans les livres des maîtres. Nous avons le sentiment que ça peut se réaliser en nous, et des témoignages nous sont donnés à ce sujet, dans les rêves et autrement , et d'abord dans les rêves.

L'âme collective, le TOUT est à la fois l'UN.
Les alchimistes avaient un grand leit-motiv emprunté au grec: " Hen to pan : Un est le tout".

Etienne PERROT
extrait cahier 17, 1982

lundi 1 juin 2009

Petit enfant


"La sagesse suprême consiste donc bien à parvenir au "mol abandon du petit enfant". Mais cet abandon fait de l'être humain le souple instrument des énergies mystérieuses qui sont au fond de la nature. C'est pourquoi alors, " les serpent venimeux ne le piquent pas et les animaux féroces ne l'enlèvent pas." Étant en accord avec l'univers, il n'est pas blessé par des forces hostiles.

L'étude des songes nous aide à nous approcher de cette souplesse et de cet abandon. Elle nous apprend que derrière nos pensées claires et nos buts conscients, il existe un ordre caché qui se laisse découvrir et peut prendre la direction de nos vies. Sans doute cet ordre est une"personnalité supérieure", mais celle-ci est souvent figurée dans les songes par un petit enfant. Cet enfant apparaît, dans les rêves de femmes, comme né de père inconnu, ce qui indique son origine surnaturelle, de même que Jésus n'est pas le fils de Joseph, puisque sa mère s'est trouvée enceinte du St Esprit, comme la mère de Boudha conçut son fils d'un éléphant blanc merveilleux vu en songe. Les rêves montrent encore cet enfant sachant parler , ou ayant toutes ses dents."

Etienne PERROT
extrait cahier 13, 1981

lundi 25 mai 2009

L'histoire de la fontaine ....


"L'histoire de notre fontaine est riche de péripéties. Son cours avait cessé une première fois à l'automne de 1974. Il reprenait quatre ans plus tard après l'intermède de quatre cahiers hors série(2) avec une étude intitulée :"La fontaine permanente" (3) Le point de départ de celle-ci était un songe associé à notre maison de Semur-en-Auxois et au séjour que j'y faisais au moment de la composition de l'article. J'étais ainsi amené à placer d'emblée sur un plan de confidence personnelle ce que j'avais à offrir à nos amis. Ceux-ci se voyaient rappeler ce que nous n'avons jamais cessé de réaffirmer : Nos propos sont "alchimiques" c'est à dire qu'ils visent à la transformation. Nous ne sommes pas des théoriciens, mais des praticiens. Nos écrits sont d'abord des évènements qui se sont imposés à nous, jusqu'à bouleverser notre vie. C'est pourquoi ils deviennent sous notre plume des actes dont l'ébranlement se communique à ceux qui consentent à nous accompagner .

Nos paroles ne souffrent pas d'être considérées à distance. Elles exigent un engagement et invitent le lecteur à entrer dans le bain. Ce bain est celui de la "teinture chymique" où l'étoffe de son être sera imprégnée des "couleurs du grand œuvre" , qui sont celles de la vie ayant requis l'éclat de la réalité et de l'éternité au sein même du flux éphémère, grâce à la lumière de la conscience et à la chaleur de l'amour. La grisaille que dégage le discours intellectuel fait ainsi place aux tonalités intenses du noir infernal, du bleu céleste, de l'or solaire, de la flamme dévorante, mère de la permanence, et de la pourpre indélébile vêtement des rois dont la splendeur s'efface et s'enfouit dans le violet de l'améthyste, signe des épousailles silencieuses de l'azur de l'esprit et du cri rouge de la chair en proie à la passion.

Chaque livraison de La Fontaine de pierre est une aventure que nous convions nos amis à partager, car elle est la leur aussi bien que la nôtre et, si nous avons d'abord à la vivre , c'est aussi pour eux que nous la vivons. Au-delà de sons sens personnel, cette" tranche de vie" est un ensemble de paraboles riches en leçons pour chacun."

mardi 12 mai 2009

Un animal.... L'OMBRE.


La Fontaine de pierre est une maison d'édition créée par Etienne PERROT et Francine SAINT-RENE TAILLANDIER, ils ont traduit et publié de nombreux travaux de Marie-Louise VON FRANZ dont toute une série d'ouvrages plus passionnants et nourrissants les uns que les autres autour des contes de fées:

La femme dans les contes de fées
L'ombre et le mal dans les contes de Fées
L'interprétation des contes de fées
La voie de l'individuation dans les contes de fées
La délivrance dans les contes de fées
L'Anima et l'Animus dans les contes de fées

et tous les autres que vous pouvez retrouver sur http://lafontaine.depierre.free.fr/

J'ai choisi ce conte .........une figure d'ombre .
D'après le Conte de Grimm : La princesse et le crapaud

Il était une fois une belle princesse. Son père, le roi, était très aimé de ses sujets, loyal, courageux, juste. Il veillait sur l’éducation de sa fille.

Un après-midi, la princesse se promène dans le parc du château. Elle joue avec sa balle en or, cadeau de son père pour son anniversaire. Elle lance la balle, la rattrape, court, recommence, chante, tourbillonne. Elle arrive au bord de l’étang du parc; perdue dans ses rêves, elle laisse échapper la balle en or, la voit disparaître au fond de l’étang. Elle sanglote: “Non, non, pas ma balle en or !” Désespérée, elle s’agenouille au bord de l’étang, enfouit son visage dans ses mains.

- “Côa ... côa”. La princesse écarte les mains de son visage, voit un gros crapaud tout gluant, grimace.
- “Que se passe-t-il, belle princesse ? Pourquoi es-tu si malheureuse ?”
- “Je suis désespérée; j’ai perdu un merveilleux cadeau de mon père, une balle en or.”
- Ne pleure plus, belle princesse, je peux te la rendre, mais à une condition.”
- “Tout ce que tu voudras, gentil crapaud, gentil crapaud, tout ce que tu voudras.”
- “Je désire simplement devenir ton ami, passer du temps avec toi, partager tes repas, dormir dans ton lit ...”
- “D’accord, mais rends-moi ma balle, vite !”

Le crapaud disparaît dans les eaux profondes de l’étang. La princesse s’impatiente. Le crapaud surgit, la balle sur le dos. Il la dépose aux pieds de la princesse. Un sourire illumine le visage de la princesse, elle ramasse la balle, la serre contre son cœur, court vers le château.

- “A l’avenir, je serai moins étourdie, je n’approcherai plus de l’étang avec tous ses vilains crapauds.”

Le lendemain, le crapaud sauveur de la balle de la princesse se présente au château. La princesse refuse de le laisser entrer.

- “Je ne serai pas l’amie d’un affreux crapaud tout gluant, pouah ! Jamais.” Le roi demande des explications. La princesse lui raconte sa mésaventure de la veille.
- “Ma fille, tu dois tenir tes promesses. Invite ce crapaud à partager notre repas.”

La princesse traîne les pieds, baisse la tête, s’exécute à contrecœur. Le crapaud bondit de joie.

- “Belle princesse, je suis si content d’être avec toi ! Hum ! Quels mets délicieux.” Le crapaud mange, engloutit; sa gourmandise n’a pas de limite. La princesse n’arrive plus à avaler une bouchée, elle a l’appétit coupé.
- “Ma fille, tu es pâle, va te reposer. Tu auras meilleur appétit demain.” La princesse n’attend pas. Elle embrasse son père, détourne les yeux du crapaud, court dans sa chambre. Elle se couche. Horreur ! Le crapaud entre dans la pièce.
- “Dehors, sors de ma chambre, tu es répugnant.”

Le crapaud bondit à gauche, bondit à droite et hop ! sur le lit de la princesse. Il blottit contre elle son petit corps tout froid et visqueux. La princesse explose. Elle attrape le crapaud, le jette de toutes ses forces contre le mur.

Au moment où il s’écrase, le crapaud se transforme en un beau prince. Le visage de la princesse s’illumine, son cœur se remplit d’amour.

- “Belle princesse, merci. Un jour, j’ai refusé l’entrée de mon château à une méchante fée. Elle m’a changé en crapaud. Seule une princesse pouvait briser ce sortilège, en partageant son lit avec moi.”

Dès le lendemain, ils se marierent .

jeudi 23 avril 2009

Le rêve, aujourd'hui.


"La voie des rêves est impopulaire et on peut opposer ou faire la différence entre la "psy" et les rêves. L'opinion courante identifie ou associe, et non sans raison, le psychologue ou le psychanalyste à l'homme qui a le pouvoir. Je connais bien cette angoisse qui se noue en vous quand vous êtes devant un psy et qu'on vous écrase tout de suite, qu'on vous accable de vos complexes.
Le rêve, c'est le contraire. Si quelqu'un vient avec un rêve, nous nous mettons à genoux devant le rêve, c'est à dire devant la personne qui est devant le rêve. C'est le rêve qui est le maître, ce n'est pas nous. Le rêve c'est l'anti-pouvoir, le rêve c'est le pouvoir de la vie, le rêve c'est la liberté et la libération de la vie en nous. La voie des rêves, c'est la voie de la libération que nous avons demandée à l'Orient, mais qui est impraticable telle que l'Orient nous l'enseigne, parce que nous sommes des occidentaux, et que nous avons besoin de retrouver l'humidité et le dynamisme des images.
Il y a un homme, une grande figure qui m'est très présente, c'est Krishnamurti. Krishnamurti nie le rêve, il veut libérer la vie sans le rêve. Moi , j'ai essayé, je connais bien la voie de K., c'est impraticable. De même la mystique. vous avez parlé de Marie-Madeleine Davy tout à l'heure, je connais bien son oeuvre et je l'estime beaucoup.
Je pourrais dire que, en gros, ma femme et moi nous sommes de formation chrétienne, nous connaissons bienla mystique chrétienne. mais la mystique chrétienne, c'est le passé. On ne peut pas vivre aujourd'hui Jean de la croix, on ne peut pas vivre aujourd'hui Thérèse d'Avila. La première raison c'est que ces gens-là excluaient le diable.
Or le diable, c'est une des premières réalités qui s'imposent à nous dans les rêves, c'est ce que nous refusons, c'est ce qui est qualifié de mal. Nous apprenons que le mal et le bien sont des complémentaires comme chez les chinoix le YIN et le YANG.
le mal n'est pas quelque chose à rejeter dans les ténèbres extérieures. Nous avons l'évidence de participer à la restauration de la voie mystique, mais d'une façon concrète, d'une façon vivable pour les gens d'aujourd'hui."

Etienne PERROT
extrait cahier 24, 1983

jeudi 2 avril 2009

Le faiseur de neige

Il est un temps pour parler de la préparation de la pierre de sagesse; ce dont nous traitons aujourd'hui, c'est son mode d'action. Cette action est le rayonnement silencieux, l'action non agissante des orientaux, c'est l'action du faiseur de neige de Kiao Tchou. La plupart de mes lecteurs connaissent cette histoire de C.G Jung aimait à citer. Il la tenait lui-même de Richard Wilhem, le traducteur du Yi King, qui en avait été le témoin et l'un des protagonistes. Pourtant il me paraît bon de la transcrire ici. De tels récits, comme les contes et les textes sacrés, contiennent en eux-même une puissance opérante. ils sont porteurs de bénédiction et leur répétition en renouvelle l'effet. Voici l'histoire telle que la racontait notre père en alchimie.

"Il y eut une grande sécheresse dans la ville où Richard Wilhelm séjournait; pendant des mois il ne tomba pas une goutte de pluie et la situation devint catastrophique; les catholiques firent des processions, les protestants firent des prières, et les chinoix brûlèrent des bâtonnets d'encens et tirèrent des coups de fusil pour effrayer les démons de la sécheresse. Finalement les chinoix se dirent: " Allons chercher le faiseur de pluie." Et celui-ci vint d'une province reculée. C'était un vieil homme émacié. Il dit que la seule chose qu'il souhaitait était que l'on mette à sa disposition une petite maison tranquille et il s'y enferma pendant trois jours. le quatrième jour, des nuages s'amoncelèrent, et il se produisit une forte chute de neige, à une époque de l'année où aucune neige n'était prévisible, et en quantité inhabituelle.
Tant de rumeurs circulèrent au sujet de cet extraordinaire faiseur de pluie que Wilhelm alla voir l'homme et lui demanda comment il avait fait. En bon Européen il dit:" Ils vous appellent faiseur de pluie : pouvez-vous me dire comment vous avez produit la neige ?" Le petit chinoix répondit: " je n'ai pas fait la neige, je n'en suis pas responsable".
"Mais qu'avez-vous fait pendant ces trois jours?"
"Oh , cela , je puis vous l'expliquer, c'est simple. Je viens d'un pays où les choses sont ce qu'elles doivent être. Ici les choses ne sont pas dans l'ordre, elles ne sont pas comme elles devraient être d'après l'ordre céleste, aussi le pays tout entier est-il hors du Tao. Je n'étais pas non plus dans l'ordre naturel des choses, parce que j'étais dans un pays qui n'était pas dans l'ordre, aussi la seule chose que j'avais à faire était d'attendre trois jours jusqu'à ce que je me retrouve en Tao, et alors, naturellement, le Tao fit la neige."

Etienne PERROT
extrait cahier 22 1983

dimanche 1 mars 2009

UN CHATEAU D' EAU

Image extraite de : www.wontu.fr/images2/chateau-d-eau-1.jpg

"La Fontaine de Pierre m'apparaît ainsi comme un château d'eau.
Le produit de sources multiples vient confluer, s'y amasser pour se répartir ensuite suivant les besoins et les demandes, fertilisant les déserts, irriguant les jardins et y faisant éclore la profusion des fleurs et des fruits.

Je n'ignore pas la hardiesse et la subtilité d'une telle vision et les équivoques dont elle est lourde. Qui peut être assuré de parler le pur langage du Soi et d'agir selon ses directives ? En prônant une conception" prophétique" et "surnaturelle" de la vie quotidienne, n'ouvre t'on pas les portes toutes grandes à l'illuminisme de mauvais aloi, à la présomption, à la superbe, bref, à l'inflation? Nous n'en sommes que trop convaincus et des exemples cuisants viennent nous le rappeler chaque jour. Mais nous savons aussi que l'heure est à l'audace et non à la timidité. Nous avons trop souffert des prudences à courte vue pour consentir au risque d"'étouffer l'Esprit" et de l'empêcher de prendre son essor. Les périls que cela entraîne sont ceux de la vie . Vivere é pericoloso. Nous acceptons ce danger, car c'est en lui et non dans la fausse sécurité que se trouve le salut. Nous donnerons leur chance à toutes les semences et laisseront croître l'ivraie, nous rappelant qu'en l'arrachant avant l'heure, nous atteindrions aussi le bon grain. Si nos écrits peuvent en égarer certains, ils auront joué le rôle de pierre de touche qui est celui de la pierre de sagesse: cause d'achoppement pour les uns, agent de délivrance pour les autres.

Les alchimistes connaissent la nécessité et la fécondité des échecs et rangent parmi leurs arcanes le massacre des innocents immolés pour que vive l'enfant divin."

Etienne PERROT
extrait cahier 15, 1981

lundi 2 février 2009

VOYAGE


"L'entrée dans nos profondeurs et la découverte de nous-même est souvent représentée comme une aventure ou un voyage. Les rêves, comme les contes et les légendes, de même que les récits initiatiques et la littérature abondent en exemples de ce thème. Ce sera tantôt un voyage dans un autre monde, au-delà des mers ou dans une île, telle l'Odyssée ou les nombreux contes où le prince part à la recherche de la princesse, et tantôt ce sera le parcours d'un monde supérieur, spirituel : l'héroïne du conte visitera la lune, le soleil et les étoiles pour leur demander son chemin et comment retrouver le bien aimé perdu. Kubla Khan, ce poème que Coleridge reçut tout composé en rêve, est un bon exemple de création spontanée d'un "autre monde".
Le monde d'en-bas, celui des profondeurs instinctives et chthoniennes, sera également exploré, à la suite d'Orphée, tant il est vrai que , suivant l'adage alchimique : "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas". C'est par exemple, la descente initiatique de Lucius qui , dans l'Ane d'or d'Apulée, y découvre le soleil infernal, ou encore celle du prince de conte de fées qui ramène du monde souterrain la fille du diable pour l'épouser. Certaines imaginations de William BLAKE sont, à cet égard, extrêmement suggestives. N'oublions pas non plus la descente d'Alice, à la suite d'Ebenezer Rabbit, au pays des merveilles, ni son passage au-delà du miroir des apparences quotidiennes."

Etienne PERROT
extrait cahier19, 1982

dimanche 18 janvier 2009

LUCIUS


"Les derniers chapitres des Métamorphoses ou Ane d'or d'Apulée ce roman de la fin de l'antiquité auquel j'ai déjà fait allusion, montrent également comment les évènements oniriques et les évènements diurnes sont liés. Cette histoire est celle du long processus initiatique et de la lente transformation du léger Lucius, à travers une très pénible nigredo( sa transformation en âne), dont la mésaventure de Bottom affublé d'une tête d'âne et séduisant Titania_ bel exemple de conjonction d'opposés, le trop bestial devant épouser le trop aérien_est peut-être une réminiscence. Sous sa forme d'âne, Lucius subira bien des mauvais traitements avant que sa "conversion" provoquée par une vision ne lui rende sa forme première. Et le livre se termine sur le récit de son initiation aux mystères d'Isis et d'Osiris. Non seulement Isis lui apparaît en visions et en songes pour lui dicter ses volontés, mais il lui est indiqué en rêve quand il doit demander l'initiation, tandis que le prêtre désigné pour y procéder est prévenu par le même truchement."

Etienne PERROT
extrait cahier 19, 1982