mardi 7 juillet 2009

Fond et surface


"Le livre qui , avant l'œuvre de Jung, a été pour moi déterminant a été la Philosophie éternelle d' Aldous Huxley.
Ce livre a paru en France au moment où j'achevais ma première psychothérapie qui m'avait fait toucher du doigt le caractère non confessionnel, non formel de l'expérience qui m'avait été offerte. Il montre l'équivalence des formulations entre les différents enseignements spirituels. Cela ne veut pas dire qu'on doit s'adonner au syncrétisme, que l'on peut faire un jour du soufisme, un autre du bouddhisme et un autre de l'hindouisme. Cela aussi est aux antipodes de notre démarche. Nous nous fixons, nous nous enracinons, nous nous plaçons quelque part, dans notre nature propre pour l'explorer.
Si quelqu'un vient nous voir, nous lui disons: "Est-ce que vous êtes décidé à faire le chemin ici ? Nous ne disons pas que nous faisons mieux que les autres, mais s nous vous parlons ainsi, c'est parce que tout peut passer pour le moment par ici, quitte à ce que plus tard, lorsque cela vous aura été montré de l'intérieur, vous alliez voir ailleurs. Mais si vous venez ici, c'est ici que doivent se faire les choses."
C'est que toute voie spirituelle est, d'une certaine manière, complète. Quand j'ai commencé mon "analyse Junguienne", je me suis posé des questions sur la qualité et l'ampleur de ce que je recevais.
Et voilà que mon interlocuteur m'est apparu en rêve pour me dire - avec autorité- des paroles qu'il n'aurait sans doute jamais prononcées dans la réalité diurne : "Ma voie est autochtone, originale et complète".

Q.- Les rapprochements entre les enseignements sont tout de même enrichissants !

E.P.- Oui Madame, mais cela vient après . Sur le moment l'important n'est pas là : l'important c'est de réaliser, si je puis dire, l'élargissement par le fond. L'important, c'est de parvenir au centre, et quand on est au centre, on s'aperçoit qu'il gouverne les trois cent soixante degrès de la circonférence. Notre universalisme ne se fait pas par la surface."

Etienne PERROT
extrait cahier 14, 1981

mercredi 24 juin 2009

De l'aventure ...


"Nous sommes donc acculés à l'aventure. Celle-ci n'est pas aisée. Disons un mot de ses périls avant d'aller plus loin. L'attention apportée au monde intérieur nous place en dehors de la collectivité sociale. Elle nous met en présence d'images, d'expériences, de forces inconnues qui peuvent avoir sur nous deux sortes d'effets contradictoires.

Le premier est de nous exalter. Nous sommes des élus , des voyants. Pensez par exemple à l'impression qu'a pu éprouver la personne dont je vous ai rapporté le grand rêve d'Apocalypse, si elle n'est pas suffisamment humble et si elle ne se rend pas compte des dangers qu'il y a à se sentir hors du commun. elle a pu s'identifier eu voyant de Patmos. Et c'est vrai : nous sommes tous des voyants et nous devons nous dire que cette voyance est quelque chose d'ordinaire, de normal, et que seule la cécité que nous inflige une civilisation bornée, tout entière orientée vers ce qu'il y a de plus obscur, de plus opaque, la matière, nous prive de cette faculté de vision.

L'aute danger est inverse, et les deux coexistent souvent. On ne joue pas indéfiniment à l'élu et à l'être extraordinaire. Au moment où l'on s'aperçoit que ce sentiment d'élection et d'autorité n'est pas accueilli comme nous le souhaiterions, les énergies ainsi mises en mouvement se retournent violemment vers nous. On tombe alors dans la depression et l'on se dit : "Après tout, et si tout cela était de la folie? " et c'est effectivement de la folie, car c'est le monde dont la société, garante et juge de la normalité, ne veut pas. C'est pourquoi il est très important que se constituent ces réseaux dont je parlais tout à l'heure.

Je sais d'expériences, pour avoir marché pratiquement seul pendant trente ans, les dangers terribles qui menacent l' isolé. Et je sais aussi, depuis que la chance- la grâce- m'a été donnée d'en rencontrer d'autres sur le même plan, le phénomène de résonnance, d'intensification extraordinaire que représente la communication-lâchons le mot-: la communication- au niveau de ce monde et cela va sans dire, la sécurité que procure, dans l'aventure solitaire, la présence auprès de soi de témoins, d'êtres aimants qui vous rectifient ou qui viennent vous rappeler l'existence de la lumière au moment où vous êtes dans une phase d'obscurité."

Etienne PERROt
extrait cahier 13 , 1981

vendredi 12 juin 2009

Un, Tout.


Q. C'est un peu inquiétant, parce que nous , les individus, qu'est ce qu'on est dans tout cela ? Une facette de l'âme collective ?

E.P. Mais, Monsieur, si la totalité de l'âme collective peut s' actualiser en vous, c'est magnifique, non ? Voyez tout le problème c'est d'intégrer la collectivité dans l'individu.

Q. Ce n'est pas clair.

E.P. Ce n'est pas clair ? C'est vrai. ça ne peut pas s'expliquer facilement. Notre entreprise est ambitieuse. Elle n'est pas nôtre, on ne décide pas ça avec sa tête, ni même avec ses tripes. On est poussé dedans. Il y a des milliers et peut-être des millions d'êtres qui sont entraînés là-dedans. Pour l'Orient, ça va de soi; pour l'inde traditionnelle( je ne sais pas ce qui se passe maintenant) l'individu est divin. Je crois savoir que les hindous se saluent parfois en se donnant le nom d'Atam, c'est le dieu intérieur. Les Grecs, les anciens Grecs se donnaient le nom de Theios aner:" Homme divin".
C'était peut-être une épithète flatteuse, comme on dit "Mon cher maître", mais ça peut correspondre aussi à une réalité intérieure.
Nous sommes, et je m'excuse de me répéter, nous sommes dans ce courant universel qui tend à instaurer ou à restaurer dans l'individu l'étincelle divine qui est paraît-il , d'après les maîtres, son secret.
Nous , nous n'allons pas chercher dans les livres des maîtres. Nous avons le sentiment que ça peut se réaliser en nous, et des témoignages nous sont donnés à ce sujet, dans les rêves et autrement , et d'abord dans les rêves.

L'âme collective, le TOUT est à la fois l'UN.
Les alchimistes avaient un grand leit-motiv emprunté au grec: " Hen to pan : Un est le tout".

Etienne PERROT
extrait cahier 17, 1982

lundi 1 juin 2009

Petit enfant


"La sagesse suprême consiste donc bien à parvenir au "mol abandon du petit enfant". Mais cet abandon fait de l'être humain le souple instrument des énergies mystérieuses qui sont au fond de la nature. C'est pourquoi alors, " les serpent venimeux ne le piquent pas et les animaux féroces ne l'enlèvent pas." Étant en accord avec l'univers, il n'est pas blessé par des forces hostiles.

L'étude des songes nous aide à nous approcher de cette souplesse et de cet abandon. Elle nous apprend que derrière nos pensées claires et nos buts conscients, il existe un ordre caché qui se laisse découvrir et peut prendre la direction de nos vies. Sans doute cet ordre est une"personnalité supérieure", mais celle-ci est souvent figurée dans les songes par un petit enfant. Cet enfant apparaît, dans les rêves de femmes, comme né de père inconnu, ce qui indique son origine surnaturelle, de même que Jésus n'est pas le fils de Joseph, puisque sa mère s'est trouvée enceinte du St Esprit, comme la mère de Boudha conçut son fils d'un éléphant blanc merveilleux vu en songe. Les rêves montrent encore cet enfant sachant parler , ou ayant toutes ses dents."

Etienne PERROT
extrait cahier 13, 1981

lundi 25 mai 2009

L'histoire de la fontaine ....


"L'histoire de notre fontaine est riche de péripéties. Son cours avait cessé une première fois à l'automne de 1974. Il reprenait quatre ans plus tard après l'intermède de quatre cahiers hors série(2) avec une étude intitulée :"La fontaine permanente" (3) Le point de départ de celle-ci était un songe associé à notre maison de Semur-en-Auxois et au séjour que j'y faisais au moment de la composition de l'article. J'étais ainsi amené à placer d'emblée sur un plan de confidence personnelle ce que j'avais à offrir à nos amis. Ceux-ci se voyaient rappeler ce que nous n'avons jamais cessé de réaffirmer : Nos propos sont "alchimiques" c'est à dire qu'ils visent à la transformation. Nous ne sommes pas des théoriciens, mais des praticiens. Nos écrits sont d'abord des évènements qui se sont imposés à nous, jusqu'à bouleverser notre vie. C'est pourquoi ils deviennent sous notre plume des actes dont l'ébranlement se communique à ceux qui consentent à nous accompagner .

Nos paroles ne souffrent pas d'être considérées à distance. Elles exigent un engagement et invitent le lecteur à entrer dans le bain. Ce bain est celui de la "teinture chymique" où l'étoffe de son être sera imprégnée des "couleurs du grand œuvre" , qui sont celles de la vie ayant requis l'éclat de la réalité et de l'éternité au sein même du flux éphémère, grâce à la lumière de la conscience et à la chaleur de l'amour. La grisaille que dégage le discours intellectuel fait ainsi place aux tonalités intenses du noir infernal, du bleu céleste, de l'or solaire, de la flamme dévorante, mère de la permanence, et de la pourpre indélébile vêtement des rois dont la splendeur s'efface et s'enfouit dans le violet de l'améthyste, signe des épousailles silencieuses de l'azur de l'esprit et du cri rouge de la chair en proie à la passion.

Chaque livraison de La Fontaine de pierre est une aventure que nous convions nos amis à partager, car elle est la leur aussi bien que la nôtre et, si nous avons d'abord à la vivre , c'est aussi pour eux que nous la vivons. Au-delà de sons sens personnel, cette" tranche de vie" est un ensemble de paraboles riches en leçons pour chacun."

mardi 12 mai 2009

Un animal.... L'OMBRE.


La Fontaine de pierre est une maison d'édition créée par Etienne PERROT et Francine SAINT-RENE TAILLANDIER, ils ont traduit et publié de nombreux travaux de Marie-Louise VON FRANZ dont toute une série d'ouvrages plus passionnants et nourrissants les uns que les autres autour des contes de fées:

La femme dans les contes de fées
L'ombre et le mal dans les contes de Fées
L'interprétation des contes de fées
La voie de l'individuation dans les contes de fées
La délivrance dans les contes de fées
L'Anima et l'Animus dans les contes de fées

et tous les autres que vous pouvez retrouver sur http://lafontaine.depierre.free.fr/

J'ai choisi ce conte .........une figure d'ombre .
D'après le Conte de Grimm : La princesse et le crapaud

Il était une fois une belle princesse. Son père, le roi, était très aimé de ses sujets, loyal, courageux, juste. Il veillait sur l’éducation de sa fille.

Un après-midi, la princesse se promène dans le parc du château. Elle joue avec sa balle en or, cadeau de son père pour son anniversaire. Elle lance la balle, la rattrape, court, recommence, chante, tourbillonne. Elle arrive au bord de l’étang du parc; perdue dans ses rêves, elle laisse échapper la balle en or, la voit disparaître au fond de l’étang. Elle sanglote: “Non, non, pas ma balle en or !” Désespérée, elle s’agenouille au bord de l’étang, enfouit son visage dans ses mains.

- “Côa ... côa”. La princesse écarte les mains de son visage, voit un gros crapaud tout gluant, grimace.
- “Que se passe-t-il, belle princesse ? Pourquoi es-tu si malheureuse ?”
- “Je suis désespérée; j’ai perdu un merveilleux cadeau de mon père, une balle en or.”
- Ne pleure plus, belle princesse, je peux te la rendre, mais à une condition.”
- “Tout ce que tu voudras, gentil crapaud, gentil crapaud, tout ce que tu voudras.”
- “Je désire simplement devenir ton ami, passer du temps avec toi, partager tes repas, dormir dans ton lit ...”
- “D’accord, mais rends-moi ma balle, vite !”

Le crapaud disparaît dans les eaux profondes de l’étang. La princesse s’impatiente. Le crapaud surgit, la balle sur le dos. Il la dépose aux pieds de la princesse. Un sourire illumine le visage de la princesse, elle ramasse la balle, la serre contre son cœur, court vers le château.

- “A l’avenir, je serai moins étourdie, je n’approcherai plus de l’étang avec tous ses vilains crapauds.”

Le lendemain, le crapaud sauveur de la balle de la princesse se présente au château. La princesse refuse de le laisser entrer.

- “Je ne serai pas l’amie d’un affreux crapaud tout gluant, pouah ! Jamais.” Le roi demande des explications. La princesse lui raconte sa mésaventure de la veille.
- “Ma fille, tu dois tenir tes promesses. Invite ce crapaud à partager notre repas.”

La princesse traîne les pieds, baisse la tête, s’exécute à contrecœur. Le crapaud bondit de joie.

- “Belle princesse, je suis si content d’être avec toi ! Hum ! Quels mets délicieux.” Le crapaud mange, engloutit; sa gourmandise n’a pas de limite. La princesse n’arrive plus à avaler une bouchée, elle a l’appétit coupé.
- “Ma fille, tu es pâle, va te reposer. Tu auras meilleur appétit demain.” La princesse n’attend pas. Elle embrasse son père, détourne les yeux du crapaud, court dans sa chambre. Elle se couche. Horreur ! Le crapaud entre dans la pièce.
- “Dehors, sors de ma chambre, tu es répugnant.”

Le crapaud bondit à gauche, bondit à droite et hop ! sur le lit de la princesse. Il blottit contre elle son petit corps tout froid et visqueux. La princesse explose. Elle attrape le crapaud, le jette de toutes ses forces contre le mur.

Au moment où il s’écrase, le crapaud se transforme en un beau prince. Le visage de la princesse s’illumine, son cœur se remplit d’amour.

- “Belle princesse, merci. Un jour, j’ai refusé l’entrée de mon château à une méchante fée. Elle m’a changé en crapaud. Seule une princesse pouvait briser ce sortilège, en partageant son lit avec moi.”

Dès le lendemain, ils se marierent .

jeudi 23 avril 2009

Le rêve, aujourd'hui.


"La voie des rêves est impopulaire et on peut opposer ou faire la différence entre la "psy" et les rêves. L'opinion courante identifie ou associe, et non sans raison, le psychologue ou le psychanalyste à l'homme qui a le pouvoir. Je connais bien cette angoisse qui se noue en vous quand vous êtes devant un psy et qu'on vous écrase tout de suite, qu'on vous accable de vos complexes.
Le rêve, c'est le contraire. Si quelqu'un vient avec un rêve, nous nous mettons à genoux devant le rêve, c'est à dire devant la personne qui est devant le rêve. C'est le rêve qui est le maître, ce n'est pas nous. Le rêve c'est l'anti-pouvoir, le rêve c'est le pouvoir de la vie, le rêve c'est la liberté et la libération de la vie en nous. La voie des rêves, c'est la voie de la libération que nous avons demandée à l'Orient, mais qui est impraticable telle que l'Orient nous l'enseigne, parce que nous sommes des occidentaux, et que nous avons besoin de retrouver l'humidité et le dynamisme des images.
Il y a un homme, une grande figure qui m'est très présente, c'est Krishnamurti. Krishnamurti nie le rêve, il veut libérer la vie sans le rêve. Moi , j'ai essayé, je connais bien la voie de K., c'est impraticable. De même la mystique. vous avez parlé de Marie-Madeleine Davy tout à l'heure, je connais bien son oeuvre et je l'estime beaucoup.
Je pourrais dire que, en gros, ma femme et moi nous sommes de formation chrétienne, nous connaissons bienla mystique chrétienne. mais la mystique chrétienne, c'est le passé. On ne peut pas vivre aujourd'hui Jean de la croix, on ne peut pas vivre aujourd'hui Thérèse d'Avila. La première raison c'est que ces gens-là excluaient le diable.
Or le diable, c'est une des premières réalités qui s'imposent à nous dans les rêves, c'est ce que nous refusons, c'est ce qui est qualifié de mal. Nous apprenons que le mal et le bien sont des complémentaires comme chez les chinoix le YIN et le YANG.
le mal n'est pas quelque chose à rejeter dans les ténèbres extérieures. Nous avons l'évidence de participer à la restauration de la voie mystique, mais d'une façon concrète, d'une façon vivable pour les gens d'aujourd'hui."

Etienne PERROT
extrait cahier 24, 1983