lundi 25 mai 2009

L'histoire de la fontaine ....


"L'histoire de notre fontaine est riche de péripéties. Son cours avait cessé une première fois à l'automne de 1974. Il reprenait quatre ans plus tard après l'intermède de quatre cahiers hors série(2) avec une étude intitulée :"La fontaine permanente" (3) Le point de départ de celle-ci était un songe associé à notre maison de Semur-en-Auxois et au séjour que j'y faisais au moment de la composition de l'article. J'étais ainsi amené à placer d'emblée sur un plan de confidence personnelle ce que j'avais à offrir à nos amis. Ceux-ci se voyaient rappeler ce que nous n'avons jamais cessé de réaffirmer : Nos propos sont "alchimiques" c'est à dire qu'ils visent à la transformation. Nous ne sommes pas des théoriciens, mais des praticiens. Nos écrits sont d'abord des évènements qui se sont imposés à nous, jusqu'à bouleverser notre vie. C'est pourquoi ils deviennent sous notre plume des actes dont l'ébranlement se communique à ceux qui consentent à nous accompagner .

Nos paroles ne souffrent pas d'être considérées à distance. Elles exigent un engagement et invitent le lecteur à entrer dans le bain. Ce bain est celui de la "teinture chymique" où l'étoffe de son être sera imprégnée des "couleurs du grand œuvre" , qui sont celles de la vie ayant requis l'éclat de la réalité et de l'éternité au sein même du flux éphémère, grâce à la lumière de la conscience et à la chaleur de l'amour. La grisaille que dégage le discours intellectuel fait ainsi place aux tonalités intenses du noir infernal, du bleu céleste, de l'or solaire, de la flamme dévorante, mère de la permanence, et de la pourpre indélébile vêtement des rois dont la splendeur s'efface et s'enfouit dans le violet de l'améthyste, signe des épousailles silencieuses de l'azur de l'esprit et du cri rouge de la chair en proie à la passion.

Chaque livraison de La Fontaine de pierre est une aventure que nous convions nos amis à partager, car elle est la leur aussi bien que la nôtre et, si nous avons d'abord à la vivre , c'est aussi pour eux que nous la vivons. Au-delà de sons sens personnel, cette" tranche de vie" est un ensemble de paraboles riches en leçons pour chacun."

mardi 12 mai 2009

Un animal.... L'OMBRE.


La Fontaine de pierre est une maison d'édition créée par Etienne PERROT et Francine SAINT-RENE TAILLANDIER, ils ont traduit et publié de nombreux travaux de Marie-Louise VON FRANZ dont toute une série d'ouvrages plus passionnants et nourrissants les uns que les autres autour des contes de fées:

La femme dans les contes de fées
L'ombre et le mal dans les contes de Fées
L'interprétation des contes de fées
La voie de l'individuation dans les contes de fées
La délivrance dans les contes de fées
L'Anima et l'Animus dans les contes de fées

et tous les autres que vous pouvez retrouver sur http://lafontaine.depierre.free.fr/

J'ai choisi ce conte .........une figure d'ombre .
D'après le Conte de Grimm : La princesse et le crapaud

Il était une fois une belle princesse. Son père, le roi, était très aimé de ses sujets, loyal, courageux, juste. Il veillait sur l’éducation de sa fille.

Un après-midi, la princesse se promène dans le parc du château. Elle joue avec sa balle en or, cadeau de son père pour son anniversaire. Elle lance la balle, la rattrape, court, recommence, chante, tourbillonne. Elle arrive au bord de l’étang du parc; perdue dans ses rêves, elle laisse échapper la balle en or, la voit disparaître au fond de l’étang. Elle sanglote: “Non, non, pas ma balle en or !” Désespérée, elle s’agenouille au bord de l’étang, enfouit son visage dans ses mains.

- “Côa ... côa”. La princesse écarte les mains de son visage, voit un gros crapaud tout gluant, grimace.
- “Que se passe-t-il, belle princesse ? Pourquoi es-tu si malheureuse ?”
- “Je suis désespérée; j’ai perdu un merveilleux cadeau de mon père, une balle en or.”
- Ne pleure plus, belle princesse, je peux te la rendre, mais à une condition.”
- “Tout ce que tu voudras, gentil crapaud, gentil crapaud, tout ce que tu voudras.”
- “Je désire simplement devenir ton ami, passer du temps avec toi, partager tes repas, dormir dans ton lit ...”
- “D’accord, mais rends-moi ma balle, vite !”

Le crapaud disparaît dans les eaux profondes de l’étang. La princesse s’impatiente. Le crapaud surgit, la balle sur le dos. Il la dépose aux pieds de la princesse. Un sourire illumine le visage de la princesse, elle ramasse la balle, la serre contre son cœur, court vers le château.

- “A l’avenir, je serai moins étourdie, je n’approcherai plus de l’étang avec tous ses vilains crapauds.”

Le lendemain, le crapaud sauveur de la balle de la princesse se présente au château. La princesse refuse de le laisser entrer.

- “Je ne serai pas l’amie d’un affreux crapaud tout gluant, pouah ! Jamais.” Le roi demande des explications. La princesse lui raconte sa mésaventure de la veille.
- “Ma fille, tu dois tenir tes promesses. Invite ce crapaud à partager notre repas.”

La princesse traîne les pieds, baisse la tête, s’exécute à contrecœur. Le crapaud bondit de joie.

- “Belle princesse, je suis si content d’être avec toi ! Hum ! Quels mets délicieux.” Le crapaud mange, engloutit; sa gourmandise n’a pas de limite. La princesse n’arrive plus à avaler une bouchée, elle a l’appétit coupé.
- “Ma fille, tu es pâle, va te reposer. Tu auras meilleur appétit demain.” La princesse n’attend pas. Elle embrasse son père, détourne les yeux du crapaud, court dans sa chambre. Elle se couche. Horreur ! Le crapaud entre dans la pièce.
- “Dehors, sors de ma chambre, tu es répugnant.”

Le crapaud bondit à gauche, bondit à droite et hop ! sur le lit de la princesse. Il blottit contre elle son petit corps tout froid et visqueux. La princesse explose. Elle attrape le crapaud, le jette de toutes ses forces contre le mur.

Au moment où il s’écrase, le crapaud se transforme en un beau prince. Le visage de la princesse s’illumine, son cœur se remplit d’amour.

- “Belle princesse, merci. Un jour, j’ai refusé l’entrée de mon château à une méchante fée. Elle m’a changé en crapaud. Seule une princesse pouvait briser ce sortilège, en partageant son lit avec moi.”

Dès le lendemain, ils se marierent .

jeudi 23 avril 2009

Le rêve, aujourd'hui.


"La voie des rêves est impopulaire et on peut opposer ou faire la différence entre la "psy" et les rêves. L'opinion courante identifie ou associe, et non sans raison, le psychologue ou le psychanalyste à l'homme qui a le pouvoir. Je connais bien cette angoisse qui se noue en vous quand vous êtes devant un psy et qu'on vous écrase tout de suite, qu'on vous accable de vos complexes.
Le rêve, c'est le contraire. Si quelqu'un vient avec un rêve, nous nous mettons à genoux devant le rêve, c'est à dire devant la personne qui est devant le rêve. C'est le rêve qui est le maître, ce n'est pas nous. Le rêve c'est l'anti-pouvoir, le rêve c'est le pouvoir de la vie, le rêve c'est la liberté et la libération de la vie en nous. La voie des rêves, c'est la voie de la libération que nous avons demandée à l'Orient, mais qui est impraticable telle que l'Orient nous l'enseigne, parce que nous sommes des occidentaux, et que nous avons besoin de retrouver l'humidité et le dynamisme des images.
Il y a un homme, une grande figure qui m'est très présente, c'est Krishnamurti. Krishnamurti nie le rêve, il veut libérer la vie sans le rêve. Moi , j'ai essayé, je connais bien la voie de K., c'est impraticable. De même la mystique. vous avez parlé de Marie-Madeleine Davy tout à l'heure, je connais bien son oeuvre et je l'estime beaucoup.
Je pourrais dire que, en gros, ma femme et moi nous sommes de formation chrétienne, nous connaissons bienla mystique chrétienne. mais la mystique chrétienne, c'est le passé. On ne peut pas vivre aujourd'hui Jean de la croix, on ne peut pas vivre aujourd'hui Thérèse d'Avila. La première raison c'est que ces gens-là excluaient le diable.
Or le diable, c'est une des premières réalités qui s'imposent à nous dans les rêves, c'est ce que nous refusons, c'est ce qui est qualifié de mal. Nous apprenons que le mal et le bien sont des complémentaires comme chez les chinoix le YIN et le YANG.
le mal n'est pas quelque chose à rejeter dans les ténèbres extérieures. Nous avons l'évidence de participer à la restauration de la voie mystique, mais d'une façon concrète, d'une façon vivable pour les gens d'aujourd'hui."

Etienne PERROT
extrait cahier 24, 1983

jeudi 2 avril 2009

Le faiseur de neige

Il est un temps pour parler de la préparation de la pierre de sagesse; ce dont nous traitons aujourd'hui, c'est son mode d'action. Cette action est le rayonnement silencieux, l'action non agissante des orientaux, c'est l'action du faiseur de neige de Kiao Tchou. La plupart de mes lecteurs connaissent cette histoire de C.G Jung aimait à citer. Il la tenait lui-même de Richard Wilhem, le traducteur du Yi King, qui en avait été le témoin et l'un des protagonistes. Pourtant il me paraît bon de la transcrire ici. De tels récits, comme les contes et les textes sacrés, contiennent en eux-même une puissance opérante. ils sont porteurs de bénédiction et leur répétition en renouvelle l'effet. Voici l'histoire telle que la racontait notre père en alchimie.

"Il y eut une grande sécheresse dans la ville où Richard Wilhelm séjournait; pendant des mois il ne tomba pas une goutte de pluie et la situation devint catastrophique; les catholiques firent des processions, les protestants firent des prières, et les chinoix brûlèrent des bâtonnets d'encens et tirèrent des coups de fusil pour effrayer les démons de la sécheresse. Finalement les chinoix se dirent: " Allons chercher le faiseur de pluie." Et celui-ci vint d'une province reculée. C'était un vieil homme émacié. Il dit que la seule chose qu'il souhaitait était que l'on mette à sa disposition une petite maison tranquille et il s'y enferma pendant trois jours. le quatrième jour, des nuages s'amoncelèrent, et il se produisit une forte chute de neige, à une époque de l'année où aucune neige n'était prévisible, et en quantité inhabituelle.
Tant de rumeurs circulèrent au sujet de cet extraordinaire faiseur de pluie que Wilhelm alla voir l'homme et lui demanda comment il avait fait. En bon Européen il dit:" Ils vous appellent faiseur de pluie : pouvez-vous me dire comment vous avez produit la neige ?" Le petit chinoix répondit: " je n'ai pas fait la neige, je n'en suis pas responsable".
"Mais qu'avez-vous fait pendant ces trois jours?"
"Oh , cela , je puis vous l'expliquer, c'est simple. Je viens d'un pays où les choses sont ce qu'elles doivent être. Ici les choses ne sont pas dans l'ordre, elles ne sont pas comme elles devraient être d'après l'ordre céleste, aussi le pays tout entier est-il hors du Tao. Je n'étais pas non plus dans l'ordre naturel des choses, parce que j'étais dans un pays qui n'était pas dans l'ordre, aussi la seule chose que j'avais à faire était d'attendre trois jours jusqu'à ce que je me retrouve en Tao, et alors, naturellement, le Tao fit la neige."

Etienne PERROT
extrait cahier 22 1983

dimanche 1 mars 2009

UN CHATEAU D' EAU

Image extraite de : www.wontu.fr/images2/chateau-d-eau-1.jpg

"La Fontaine de Pierre m'apparaît ainsi comme un château d'eau.
Le produit de sources multiples vient confluer, s'y amasser pour se répartir ensuite suivant les besoins et les demandes, fertilisant les déserts, irriguant les jardins et y faisant éclore la profusion des fleurs et des fruits.

Je n'ignore pas la hardiesse et la subtilité d'une telle vision et les équivoques dont elle est lourde. Qui peut être assuré de parler le pur langage du Soi et d'agir selon ses directives ? En prônant une conception" prophétique" et "surnaturelle" de la vie quotidienne, n'ouvre t'on pas les portes toutes grandes à l'illuminisme de mauvais aloi, à la présomption, à la superbe, bref, à l'inflation? Nous n'en sommes que trop convaincus et des exemples cuisants viennent nous le rappeler chaque jour. Mais nous savons aussi que l'heure est à l'audace et non à la timidité. Nous avons trop souffert des prudences à courte vue pour consentir au risque d"'étouffer l'Esprit" et de l'empêcher de prendre son essor. Les périls que cela entraîne sont ceux de la vie . Vivere é pericoloso. Nous acceptons ce danger, car c'est en lui et non dans la fausse sécurité que se trouve le salut. Nous donnerons leur chance à toutes les semences et laisseront croître l'ivraie, nous rappelant qu'en l'arrachant avant l'heure, nous atteindrions aussi le bon grain. Si nos écrits peuvent en égarer certains, ils auront joué le rôle de pierre de touche qui est celui de la pierre de sagesse: cause d'achoppement pour les uns, agent de délivrance pour les autres.

Les alchimistes connaissent la nécessité et la fécondité des échecs et rangent parmi leurs arcanes le massacre des innocents immolés pour que vive l'enfant divin."

Etienne PERROT
extrait cahier 15, 1981

jeudi 19 février 2009

lundi 2 février 2009

VOYAGE


"L'entrée dans nos profondeurs et la découverte de nous-même est souvent représentée comme une aventure ou un voyage. Les rêves, comme les contes et les légendes, de même que les récits initiatiques et la littérature abondent en exemples de ce thème. Ce sera tantôt un voyage dans un autre monde, au-delà des mers ou dans une île, telle l'Odyssée ou les nombreux contes où le prince part à la recherche de la princesse, et tantôt ce sera le parcours d'un monde supérieur, spirituel : l'héroïne du conte visitera la lune, le soleil et les étoiles pour leur demander son chemin et comment retrouver le bien aimé perdu. Kubla Khan, ce poème que Coleridge reçut tout composé en rêve, est un bon exemple de création spontanée d'un "autre monde".
Le monde d'en-bas, celui des profondeurs instinctives et chthoniennes, sera également exploré, à la suite d'Orphée, tant il est vrai que , suivant l'adage alchimique : "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas". C'est par exemple, la descente initiatique de Lucius qui , dans l'Ane d'or d'Apulée, y découvre le soleil infernal, ou encore celle du prince de conte de fées qui ramène du monde souterrain la fille du diable pour l'épouser. Certaines imaginations de William BLAKE sont, à cet égard, extrêmement suggestives. N'oublions pas non plus la descente d'Alice, à la suite d'Ebenezer Rabbit, au pays des merveilles, ni son passage au-delà du miroir des apparences quotidiennes."

Etienne PERROT
extrait cahier19, 1982