jeudi 25 décembre 2008

MESSIE

"Il est attesté que " la parole de salut" ne vient pas aujourd'hui d'un Messie ou d'un instructeur individuel placé au-dessus du commun, mais que, dans chacun, elle est prononcée par l'esprit qui parle dans les rêves, et c'est ainsi qiue le songe devient "esprit et vie".

Etienne PERROT
extrait cahier 18, 1982

mercredi 3 décembre 2008

LA BRISE LEGERE


"E.P. Dans la journée, vous pouvez avoir plusieurs conversations, plusieurs informations et puis , quelque chose revient dans le rêve. Le rêve le reprend pour nous inviter à en voir le sens intérieur, profond. Cela nous apprend à déchiffrer la réalité diurne à ce niveau second. Si j'ai eu un accrochage de voiture et que j'en rêve la nuit, ce n'est pas une obsession de ma part, c'est que le rêve m'incite à examiner la façon dont cela s'est produit et la raison pour laquelle cela s'est fait. Le rêve nous apprend à être totalement présents à la vie, parce que, pour lui, il n'y a pas , d'une part, les grands symboles que l'on garde, et la réalité vulgaire que l'on jette à la poubelle. Non, ce n'est pas ça, tout est bon, tout est intéressant, tout est plein de signification.

Q. On sent très bien qu'il y a des rêves très importants et d'autres pas .

E.P. Oui , c'est vrai, mais il arrive aussi que les choses importantes soient dîtes d'une façon très subtiles et très fugaces. Et cela me fait penser à cette histoire de la bible où le prophète Elie sur le mont Sinai demande à Dieu de se manifester à lui. Dieu lui dit :" Mets-toi contre le rocher, ma gloire passera et tu me verras". Le prophète est donc sur la montagne et attend la manifestation de Dieu. Le tonnerre gronde et Dieu n'était pas dans le tonnerre, l'ouragan souffle et Dieu n'était pas dans l'ouragan et, à la fin de la journée, on sent le souffle d'une petite brise et Elie entend la voix de Dieu dans la brise. Il y a des grands rêves qui vous tombent dessus comme la foudre et il y en a d'autres qui sont le murmure d'une brise légère. "


Etienne PERROT
extrait cahier 20 , 1982

lundi 17 novembre 2008

TELEPATHIE


"Q. Je voudrais savoir les rapports entre le rêve et la télépathie, mais dans un sens assez large. Principalement la télépathie serait la volonté de diriger quelque chose sur quelqu'un dans un but. La question que je pose, en fait, c'est si ce but est le même but suivi par le courant interne qui n'aurait pas le même aspect volontariste et si on n'arrive pas à une sorte de télépathie, mais non volontariste.


E.P. Oui, c'est une communication naturelle, une mise en phase, mais qui n'est pas déterminée par l'individu. C'est une expérience très courante. Il m'arrive chaque semaine, et je ne suis pas le seul , de penser à quelqu'un :" Tiens, je n'ai pas de nouvelles de cette personne !" et le lendemain je reçois une lettre. Je n'ai pas déterminé le phénomène; je l'ai induit intérieurement; ce n'est pas ma volonté qui a décidé cette personne à m'écrire, mais un lien intérieur nous unit forcément, lien affectif, professionnel ou autre( dans notre travail nous ne pouvons aider que par une relation affective). A ce moment-là, une force profonde s'est trouvée activée en même temps chez l'un comme chez l'autre. On pourrait dire, en termes psychologiques plus rigoureux, que l'inconscient, qui est transpersonnel, qui est une espèce de bain d'énergie dans lequel trempent les individus et d'où émerge la conscience individuelle cet inconscient s'est trouvé activé en même temps chez l'un comme chez l'autre et a fait qu'une correspondance en forme de souvenir ou d'affect a éclos, chez moi qui attendais les nouvelles de cette personne et chez elle qui m'a écrit cette lettre. Le terme de "mise en phase" me paraît assez heureux dans ce domaine. Si l'on est placé sur une même longueur d'onde, ça résonne, effectivement, d'une façon synchrone."


Etienne PERROT

extrait cahier 17, 1982

dimanche 2 novembre 2008

LA NATURE


"Je voudrais vous citer une parole de JUNG dans ses souvenirs posthumes. Il dit :" Je ne suis pas de ceux qui croient qu'ils doivent veiller à ce que les cerises aient des queues". Il ajoute : " Je suis là contemplant ce dont la nature est capable". Vous mesurez , je pense, l'énormité d'une pareille affirmation dans notre siècle de techniques : cete foi dans la vie, cette foi dans la puissance de la nature, dans sa sagesse, dans son intelligence et dans le sens qu'elle poursuit à travers nous. Il est bien évident que si, avant de se lancer dans de grandes planifications, on se mettait un peu à l'écoute des besoins profonds d'une collectivité, des possibilités qui sont les siennes et qui correspondent à son désir intense et foncier, au lieu de se fixer des objectifs vers lesquels on tend et on veut faire tendre les membres de la collectivité les choses iraient sans doute mieux et, en tout cas, pas plus mal. C'est là ce que JUNG a défini comme attitude de "laisser advenir"". Nous retrouvons ici la grande intuition de ces opérateurs mystérieux qu'étaient les alchimistes. Ils avaient des maximes comme celle-ci: "La nature est la maîtresse, l'artiste est son serviteur", ou encore : "Toute l'oeuvre est de suivre la nature" . "

Etienne PERROT
extrait cahier 17, 1982

lundi 27 octobre 2008

LA SECHERESSE


"Q. Que faut-il penser de la sécheresse de l'âme ?

E.P. Cela dépend de l'usage qu'on en fait. La sécheresse d' âme est un genre de mort. "Sécheresse" est un terme du vocabulaire mystique. La sécheresse est une des formes de "la nuit obscure de l'esprit", donc de la mort intérieure. Aujourd'hui la sécheresse signifie souvent une distance par rapport aux sources profondes de ce qu'on appelle l'inconscient. La vie profonde, telle que la voie alchimique nous la révèle, se traduit souvent par la montée des eaux. Pour descendre du vocabulaire mystique à la description psychologique de l'âme de notre époque, nous dirons que l'âme moderne est sèche. Elle est brûlée par un feu qui n'est pas le feu d'amour, mais le feu d' une connaissance séparée de sa source, l'amour de la totalité, et qui , de ce fait, nourrit l'appétit de puissance qui accompagne le désir de savoir pour savoir, la curiosité.

Un pareil feu est, de ce fait , luciférien. Et ce n'est pas un hasard s'il a trouvé son apothéose infernale dans l'éclair qui est apparu pour la première fois dans le ciel des hommes le 16 juillet 1945 à Alamogordo, et qui, depuis, s'est multiplié.
Je vous rappelle pour mémoire, que Robert Oppenheimer avait salué cet éclair, lorsqu'il a vu naître son enfant spirituel, par les mots d'Arjuna, le compagon de Krishna, adorant son ami divin qui se transformait devant lui : " Si l'éclair de mille soleils apparaîssait dans le ciel, tel est l'éclat que répand cette âme divine." C'est le point culminant de la sécheresse. Ici elle se transforme en feu destructeur."

Etienne PERROT
extrait cahier 17 , 1982

mercredi 15 octobre 2008

LE MUR


"Naturellement, un mur qui s'écroule, c'est toujours une libération : " L'ouverture des murs de la prison." Le mur est perçu comme une prison. Il peut être une solidité. On le voit parfois comme un symbole de la pierre, au sens que nous avons contemplé tout à l'heure, mais c'est très rare. On se heurte à un mur. Il est difficile de discuter avec un enseignement magistral : le maître a toujours raison. Mais il peut y avoir, si l'on perce la carapace de l'autorité, de la volonté, de l'affirmation de puissance, on peut y trouver autre chose. C'est le cas par exemple des institutions religieuses. Une institution religieuse se forme a partir d'un mouvement de libération , d'une expérience libératrice. A la base de l'église chrétienne, il y a le christ, l'effusion de l'esprit sur les apôtres à la pentecôte, la propagation de la Bonne Nouvelle, de la libération et de l'amour. et puis à l'arrivée, disons, pas à l'arrivée, mais à l'apogée, qu'est-ce qu'il y a eu ? Il y a eu la lutte du sacerdoce et de l'empire, les papes souverains de l'occident , l'inquisition et les hérétiques détruits au nom de l'amour. ça c'est le mur. Mais à l'intérieur de ce mur, il y avait des pierres noires que représentaient les mouvements mystiques du moyen-âge qui avaient tant de mal à se faire admettre et à survivre au sein de l'orthodoxie."

Etienne PERROT
extrait cahier 22 , 1983

mercredi 1 octobre 2008

LES MERITES


"Q. (responsabilité de l'écrivain, nécessité d'expliciter l'enseignement)

E.P.
Je le sais, Madame, toute parole, et tout écrit à plus forte raison, s'exposent aux déformations, aux récupérations. Il m'est arrivé de penser, de dire que l'écrit, un écrit profond, intime, sérieux, livré par son auteur à la publication est une prostitution, parce qu'il se livre absolument sans défense, sans aucune possibilité de recours, à toutes les interprétations possibles.
Vious voyez ce qu'on a fait de tous les grands livres, que ce soit l'évangile, que ce soit Marx, que ce soit aujourd'hui, Jung. Je sais que ce que je fais n'échappe pas à la loi. Dans cent ans, pourquoi pas, un universitaire s'intéressera à mes écrits. Il m'est arrivé de dire intérieurement à tel ou tel professeur qui s'intéresse à nous, mais à qui nous faisons peur : " Quel dommage que vous ne viviez pas dans deux cents ans ! Quel beau sujet de thèse je serais pour vous!" J'ai déjà vu des universitaires m'envoyer tout heureux des travaux de maîtrise ou autres avec des citations de PERROT. Je sentais très bien que l'auteur avait peut-être compris sur le plan intellectuel, mais qu'il n'avait absolument rien fait de vital avec ce qui était écrit. ça me faisait une belle jambe d'être cité dans le travail ! L'auteur en était tout fier et il estimait que je devais être flatté. Vous comprenez, la récupération par les bibliothèques universitaires, ou encore pis, par les professeurs d'université, c'est vraiment la dernière chose, la dernière stérilisation, c'est la mort du phénix, mais la seconde mort, la mort contre laquelle il n'y a pas de recours. Je demande pardon aux universitaires qui pourraient m'entendre."

Etienne pERROT
extrait 19, 1982