dimanche 18 mai 2008

LA CHIENNE D'ARMENIE ET LE CHIEN DE CORASCENE

photo : http://www.waliboo.com/dossier-photos/chienvschiens.jpg

Ce matin, quelqu'un m'a appelé pour me confier un rêve reçu cette nuit.
Cette personne m'avait vu et entendu en rêve parler dans cette salle. Elle se faisait la réflexion que j'aurais dû mettre l'accent sur l'aspect des oppositions dans l'amour , en reprennant une image alchimique: " La chienne d'Arménie et le chien de Corascène se sont cruellement mordus"

L'amour est sanglant, l'amour implique des mises au point, ces rectifications auxquelles faisait allusion le rêve de l'aman. Capitulation certes, mais capitulation dans la mesure où cela m'est demandé : à d'autres moments, la révolte et la contestation s'imposent. D'épreuve en épreuve, de rectification en rectification, de purification en purification, nous serons conduits- si le ciel le veut- à l'amour pur, l'amour infini, symbole et expression de la vie totalement libérée.

Ce que cela peut avoir de schématique s'éclairera par une autre lecture que je vais vous faire. Vous voyez, ce soir mon propos aura été nourri par d'autres : je vous aurais livré des documents qui sont nés dans des dialogues que je poursuis, mais qui ne proviennent pas de cette main, de cette bouche. Voici quelques jours j'ai reçu une amie, qui ce soir-là était intérieurement nouée d'une façon imprévue. Le lendemain elle m'a adressée une lettre où elle m'exposait l'état dans lequel elle se trouvait. J'ai rarement rencontré, je dois le dire, une expression aussi fidèle de l'adhésion à ce qu'il y a d'obscur en nous pour qu'en naisse une lumière plus grande, une expression plus fidèle de ce qui peut paraître un refus, mais qui est vécu pour un don plus total :

" Cet état dans lequel vous m'avez vu, je le connais bien, je le vis souvent mais, d'habitude, je choisis d'être seule dans ces moments et alors je vais jusqu'au bout. Je me laisse envahir par la haine, je savoure à la fois mon venin et ma bave de crapaud, puis je projette sur le monde mes idées noire et tout ce fiel déforme un à un les êtres qui me sont chers, ils deviennent monstrueux et j'ai mal."

C'est le phénomène que Jung appelle la projection. Mais ce qui caractérise l'attitude de la rêveuse, c'est qu'elle en est consciente. Elle sait bien qu'elle vit une épreuve, elle y adhère. C'est pourquoi la projection n'opère pas de dégâts à l'extérieur et s'achemine vers une transformation.

" Puis toute une furie négative se retourne vers moi. Je récolte la tempête que mon vent de méchanceté avait semé. Alors, après un moment de combat, j'accepte de nêtre que ce paquet de haine vicieuse, cette épave sans âme et sans trésors, abandonnée par la mer, épave rejetée sur le rivage ou bloc massif tombé au fond. C'est en tout cas le point culminant de l'épreuve. C'est à ce moment précis que du fond de moi s'élève un chant. Une vague de chaleur monte, une douceur infinie. Voilà de la lumière. Ce n'est pas ma lumière, je le sais, c'est la lumière. C'est un moment de grand prodige.
Voilà la vie. Je sais bien alors qu'il ne s'agit pas de comprendre, mais d'accueillir. Ouvrir les bras, s'abandonner. Comme c'est facile quand c'est la vie qui vient , mais quand c'est la mort ?"
Ici je commenterai moi-même : Quand c'est la mort, c'est encore plus fécond, car c'est par cette mort que se prépare la vie plénière qui est justement au-delà de notre vie, que l'on accède à cette lumière qui est au-delà de ma lumière.
On peut relever ici un parallèle précis que fournit le Yi King. C'est le dernier oracle de l'hexagramme 38, l'opposition." Isolé par l'opposition, on voit son compagnon comme un porc recouvert de boue, comme un char rempli de démons. D'abord on tend son arc contre lui, puis on dépose son arc. Ce n'est pas un brigand, il fera sa demande en son temps. Tandis qu'on marche, la pluie tombe et la fortune vient."

Etienne PERROT
extrait cahier 21, 1983

lundi 12 mai 2008

LECTURE

"Laurent Terzieff, qui a mis sa vie au service du théâtre et de la poésie, a choisi de vous lire un extrait de La voie de la transformation d'après C.G. Jung et l'alchimie, d'Etienne Perrot. Nous le remercions vivement de cette lecture inspirée et magnifique." http://www.passiondulivre.com/media/c-13719-610848278598806.mp3

Document issu de :http://www.passiondulivre.com/livre-9016-la-voie-de-la-transformation-d-apres-cg-jung-et-l-alchimie.htm

mardi 6 mai 2008

ZEN


"Qu'est-ce qu'il y a de plus Zen que les rêves ?
Qu'est-ce qu'il y a de plus propre à provoquer ce choc que l'on nomme l'illumination abrupte, le satori, que le rêve déroutant qui vous tombe dessus et qui vous laisse interdit jusqu'au moment où votre interprète, d'une phrase foudroyante ou d'un éclat de rire, vous l'a éclairé ?
C'est cela le Zen.

J'en ai eu la preuve par un rêve , d'ailleurs un rêve qui n'est pas de moi. Un jeune homme est venu me voir un jour : il préparait un diplôme de maîtrise sur le thème : "Zen et psychologie des profondeurs", il venait me voir à titre documentaire, sans vouloir s'engager. Juste avant de venir, il a eu un rêve où nous étions ensemble, vêtus de robes blanches, dans le climat Zen si vous voulez. L'un de nous trébuchait sur une pierre, il ne savait pas si c'était lui ou moi, et nous éclations tous deux de rire. je lui ai dit : " voilà, c'est un rêve Zen.

Qu'est-ce que cette pierre ?
C'est la chose incompréhensible, c'est l'imprévu du rêve. Ce rêve est venu vous montrez que le Zen est dans les rêves et que la psychologie des profondeurs telle qu'elle doit être vécue, telle que nous la pratiquons , c'est le Zen." Il m'a répondu :" Ah ! je n'y avais pas pensé."
Je ne sais pas ce qu'il a fait de son diplôme, il ne me l'a pas envoyé.
Vous savez, dans le Zen, l'illumination s'obtient parce qu'on appelle des koans, qui sont des énigmes insolubles, déroutantes, absurdes. Dieu sait si le rêve multiplie les manifestations d'absurde pour nous obliger à faire éclater le sens !
Les rêves sont des koans, ils nous conduisent au satori, à l'illumination, c'est àdire à la conscience, qui s'accompagne ici du rire."

Etienne PERROT
extrait cahier 21, 1983

jeudi 1 mai 2008

UN LANGAGE DIRECT


"EP. Le langage que je vous ai tenu a pu en surprendre certains. Pour les uns, il est vrai, il est familier. Ce sont ceux qui ont entrepris un travail intérieur ndividuel; ils sont à l'écoute de leurs songes et ils recueillent des symboles qu'ils ont appris à goûter, à expliciter, pour autant qu'on peut expliciter un symbole, si bien qu'ils peuvent recevoir le langage symbolique, direct, qui est parlé ici. Quand aux autres, qui viennent pour la première fois participer à nos travaux, ils peuvent avoir le sentiment d'un vocabulaire et d'un monde hermétiques, c'est le cas de le dire , et donc réservé à des initiés. En fait, c'est à la fois vrai et inexact. L'initiation qui est demandée pour recevoir ce langage et l'entendre c'est l'initiation que l'on se donne à soi-même. Si l'on veut se mettre à l'écoute de son intérieur et de ses songes, on verra apparaître la pierre, la fleur, l'étoile, la boue aussi, l'abîme et le reste.

Je dois le redire : si quittant le rivage de l'explication psychologique, j'ai décidé voici quelques années, et avec une vigueur et une audace croissante, de parler ce langage direct, c'est que cela fait écho à une parole qui résonne au fond d'un nombre de plus en plus grand de français, sans parler du reste du monde que je ne connais pas ou peu, à ce niveau. Les expériences renouvelées que j'ai faite à la radio m'ont permis d'atteindre un public extrèmement vaste, non seulement en France , mais dans la francophonie et aussi chez des personnes parlant français dans des pays d'autres langues. Là, j'ai constaté avec quelle intensité le fond de l'âme s'exprimait en symbole, avec quelle insistance il criait, attendant d'être écouté et de recevoir une réponse. Il y a , dans notre chaos, dans notre obscurité spirituelle quasi totale, un ordre et une lumière qui veulent s'affirmer.

Et si je le redis, ce n'est pas avec la conviction d'un prédicateur ou d'un propagandiste, mais avec la certitude d'un enfant naïf placé devant une évidence bouleversante. Les émissions de France-Inter en 1978-1979 avaient été un évènement important: je renvoie à ce sujet au livre Les rêves et la vie* que d'excellents esprits considèrent comme capital et où plus d'un puise la science sur laquelle on fonde des cours, des conférences, des séminaires sur les rêves.

Les philosophes chinoix disent, en parlant de ce que Confucius avait présenté, que c'est la voie de l"humanité et qu'il est aussi vain de vouloir faire une église ou une institution d'Etat de la voie de l'humanité que ce le serait de vouloir faire une affaire d'Etat de l'air qui est à tout le monde et qu'on a jamais songé jusqu'à présent à nationaliser, on ne peut pas accaparer le monde intérieur. Personne ne peut en faire sa propriété, persone ne peut l'exploiter. Si certes, plus d'un le fera, mais ce sera au détriment des personnes que l'on prétend aider, parce qu'on les captivera, on les réduira , on les limitera, au lieu de les élargir, au lieu de laisser la vie prendre son cours imprévisible et tout-puissant à l'intérieur de l'être."

Etienne PERROT
extrait cahier 22, 1983
*LES REVES ET LA VIE
Etienne Perrot
Editeur : Dauphin, Paris, France
Collection : La Fontaine de Pierre
Prix : 22.00 € / 144.31 F

dimanche 27 avril 2008

LE ROLE DE LA KABBALE

image extraite de transat.effisk.net/.../fregate

" Q. Qu'est-ce que vous pensez du rôle de la Kabbale ?

E.P. C'est intéressant mais ce n'est pas mon trip, vous voyez ? j'ai fait de l'hébreu, ça m'a apporté, mais, au bout d'un moment, je me suis aperçu que je pouvais me laisser prendre à ça, que je m'écartais de ce qui m'était demandé. La Kabbale, c'est pour les Kabbalistes, c'est à dire pour des juifs.

Nous sommes que nous le voulions ou non, nous sommes de culture chrétienne, la plupart d'entre nous, et même si nous sommes éloignés de cela par deux ou trois générations, ça fait partie de notre nature, nous n'y pouvons rien. Etant entendu, vous l'avez vu, que je n'entends pas vous inviter à la restauration d'un christianisme qui vous ramène tout droit à l'église, mais d'un christianisme qui soit complété par l'intégration de l'ombre, le christianisme de Merlin, si vous voulez, fils du diable et d'une religieuse. Voilà ce que je vous présente comme voie.

La Kabbale, ça peut devenir , d'après les gens que je vois, parce qu'à Paris on voit pas mal de gens qui font de l'ésotérisme, ça peut devenir un jeu très intéressant, un jeu de l'esprit qui vous absorbe et vous dessèche. Je vous parle d'expérience là encore, je ne parle pas à partir d'a priori. J'ai un grand respect pour la science, la science sacrée, quelle qu'elle soit, mais je m'aperçois qu'une science sacrée intellectuelle permet aux individus de prendre leur vol, justement de monter très haut dans les degrés d'initiation, mais leur instinct n'est pas en place."


Etienne PERROT
extrait cahier 18, 1982

dimanche 20 avril 2008

PRISE EN COMPTE DE L'ASTROLOGIE ?


" Q. Est-ce que vous prenez en compte les références astrales ?


E.P. A chacun son langage. Mon langage est celui des rêves. J'ai le plus grand respect pour l'astrologie. C'est comme si vous me demandiez si je prends en compte la musique ou la géométrie. Dans tout cela il y a un ordre. Ma spécialité, c'est "l'astrologie intérieure", comme disaient les Anciens, une astrologie dont les astres sont à l'intérieur de l'être humain.


Les astres sont assimilés aux dieux de l'antiquité et les dieux sont mis en relation avec les métaux. Les dieux sont dans le ciel et les métaux sont dans la terre. Moi je suis alchimiste : j'observe et je travaille les métaux dans la terre. Cette terre , ce n'est pas la terre vulgaire, c'est la terre philosophique. C'est notre terre, terra nostra , c'est notre terre intérieure, ce qu'on appelle aujourd'hui l'inconscient.


Le nom et l'image de la terre viennent souvent dans les rêves, et dans cette terre on trouve des métaux. Je pense à un songe récent où l'un d'entre vous avait entre les mains une boule noire, qu'on pourrait assimiler à la terre, et cette boule noire était pailletée d'or. On pourrait dire : c'est la terre de l'or. C'est la terre intérieure, la terre de l'inconscient dans laquelle apparaît cette lumière minérale que les alchimistes voulaient extraire et qu'ils appelaient de ce nom, comme ils la nommaient aussi "notre lumière", ou "la lumière d'augmentation".


En termes astrologiques et alchimistes à la fois, on pourrait dire que cet or est le soleil, qui est ici à l'intérieur de la terre, et non dans le ciel."


Etienne PERROT

extrait cahier 14 1981

lundi 14 avril 2008

UNE SOCIETE SECRETE ?

Voir vidéo : construction

Q. Quel rapprochement faites-vous entre vos recherches et celles des société secrètes, par exemple la franc-maçonnerie ?

E.P. Notre entreprise est une entreprise de réalisation individuelle. Nous n'entendons pas instaurer des hiérarchies : qui dit hiérarchie dit subordination, qui dit subordination dit manque de liberté, qui dit groupe dit instauration d'une mentalité collective ôtant à l'individu son plein épanouissement, sa spécificité, sa vérité.

Nous ne présentons pas une vérité doctrinale; nos communications de savoir ne se font pas sous forme de transmission de symboles ou de "secrets", de bouche à oreille, de rites. L'initiation que nous procurons à un être, c'est l'éveil de son être propre, sous la forme qui est appelée par lui.

D'une certaine manière, les rêves nous présentent comme des francs-maçons : nos bâtissons un édifice qui est le temple de l'homme, et nous le bâtissons librement. Dès que, chez nous, se présente l'aliénation qu'est le respect trop appuyé envers une figure humaine, il se produit un phénomène spontané, émanant de l'intérieur, qui est un rejet, qui est la destruction de l'image ainsi construite, parce qu'elle aliénait l'individu. il n'y a pas de maître ici ou plus exactement , il y a un Maître qui est au centre de chacun, qui est le secret de chacun.
Le dieu intérieur, le soi, le secret est le seul maître, et les humains sont ses serviteurs.
Pourrais-je en dire davantage ? Est-ce nécessaire ?

Nous réactualisons ( je pourrais dire cela, c'est important), nous réactualisons le symbolisme maçonnique. C'est le symbolisme alchimique.
Chez nous il est vivant, il vit de sa vie propre, autonome, imprévisible, dans les individus chez qui il choisit de se manifester. Il est bien évident que ni l'un ni l'autre des rêveurs dont je vous ai cité tout à l'heure des productions, n'a été initié et n'a eu besoin d'être initié à la terminologie et à l'imagerie d'une société secrète, mais le symbole de la pierre, et celui de l'espace sacré, du mandala, sont renés librement et d'une façon souveraine au fond de chacun d'eux. Une pareille expérience rend impossible la subordination à une société, à un groupe ésotérique quel qu'il soit.
On pourrait dire ici : "Le soleil est levé, disparaissez étoiles !"

Les étoiles , ce seraient les symboles qu'on présente sur les murs d'une loge au cérémonial et aux costumes traditionnels, bien apprêtés, bien reconstitués.
Le soleil, c'est cette force intérieure qui, ensuite s'irise de toutes les couleurs de l'arc en ciel en images diverses. L'être individuel en est le centre, il est le seul centre , ou, plus exactement, c'est en lui que se trouve le centre qui est ce soleil. L'être placé dans ce chemin intérieur est à lui seul son propre secret et sa propre société secrète.
Voilà ce que j'ai à en dire.

Etienne PERROT
extrait cahier 17, 1982